18/10/26 Apocalypse 3,14-23 — « Quand le Christ menace de vomir son Église »

18/10/26 Apocalypse 3,14-23 — « Quand le Christ menace de vomir son Église »

Apocalypse 3,14-23 — « Quand le Christ menace de vomir son Église »

« Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche. » Je ne suis pas certain que nous puissions trouver dans la Bible des paroles plus dures que celles-ci. Nous sommes bien loin du Christ que nous pensions connaître, celui qui accueille, qui pardonne, qui relève, qui cherche la brebis perdue, qui mange avec les pécheurs, qui ne brise pas le roseau froissé et qui donne sa vie pour les siens. Ici, le Christ parle de vomir son Église. Le scandale est d’autant plus grand que cette parole ne s’adresse pas à un pouvoir politique, à une société étrangère à l’Évangile ou à des adversaires de Dieu, mais à son Eglise. Le Christ menace de rejeter ceux qui portent son nom.

Prédication 

La parole est dure mais peut-être que cette dureté a un sens, une utilité. En tout cas je le crois, celle de nous réveiller et de nous obliger à regarder la vérité en face. Oui, une Église peut très bien parler du Christ et en même temps vivre d’une manière tout à fait étrangère à sa vocation. Il me semble que le Seigneur interroge son peuple sur son authenticité, ou pour le moins l’oblige à s’interroger sur la réalité de l’authenticité de sa foi.

Et cette inauthenticité est exprimée à travers le mot de tiédeur. Une tiédeur que je ne veux pas réduire à ce que nous appelons l’enthousiasme. Ce ne serait pas juste. En effet, nous pouvons, et c’est normal, vivre dans la foi des périodes de doute, de fatigue ou de sécheresse spirituelle sans être pour autant infidèles au Christ. Nous ne sommes pas de pur esprits, et nous ne sommes pas tous les jours comme Moïse au sommet de la montagne. Ici la question porte sur la cohérence entre la foi confessée et la vie effectivement menée. « Je connais tes oeuvres », c’est sur la question des oeuvres que le Christ reprend son Eglise. Que produisent nos convictions ? À quoi servent-elles ? Que changent-elles dans notre manière d’agir, de parler, de choisir et de nous tenir auprès des autres ? Une Église peut conserver ses cultes, ses prières, ses habitudes et son langage chrétien tout en devenant incapable de témoigner concrètement de ce qu’elle annonce.

Alors bien sûr, parler des oeuvres dans en milieu protestant, c’est prendre le risque d’en revenir à un salut par les oeuvre au lieu du salut par la pure grâce du Seigneur. Mais au-delà de ce danger que j’écarte rapidement, il me semble que cette tiédeur dénoncée lorsqu’il est question des oeuvres, d’une foi engagée, incarnée, nous renvoie à quelque chose de plus grave qu’une timidité qu’une pudeur, mais à un retrait, à un renoncement. Quand Jésus prêche : quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux Matthieu 10,32, j’entends cette tiédeur comme le désir de rester cacher, de rester neutre. Pouvons-nous vraiment rester neutres lorsque nous sommes dans la foi ? 

Ce qui est certain en tout cas, c’est qu’on recherche la neutralité lorsque l’on a quelque chose à défendre ou plus exactement à conserver. C’est d’ailleurs exactement ce que dit l’Eglise de Laodicée : « Je suis riche … » et pire encore, « je suis riche … et je n’ai besoin de rien ».  C’est finalement l’histoire d’une église qui se croit riche, qui pense posséder tout ce qui lui est nécessaire. Une Eglise qui, à cause de ses richesses, pense ne dépendre de personne. Or forcément lorsqu’on pense déjà tout posséder, le seul souci véritable qui vous reste est de protéger cette richesse. Je connais tes oeuvres, tu n’es ni froid ni bouillant ! C’est une église riche qui est tiède, qui ne veut pas prendre de risque, qui ne veut pas s’exposer, se risquer aux difficultés. Une église qui voudrait conserver sa foi comme une richesse mais sans accepter qu’elle transforme sa manière de vivre.

Mais même si cette attitude d’auto-protection peut se comprendre, il n’empêche que la neutralité d’existe pas. On peut effectivement, ne pas s’engager, ne pas prendre parti, rester autant que possible à égale distance des conflits et des contradictions du monde et préserver sa tranquillité. Mais au bout du compte, cette neutralité est un choix fait par défaut. Je repense au commentaire de Jacques Ellul sur le livre de Jonas, qui, ne voulant aller prêcher aux gens de Ninive fuit en prenant le bateau. Et Jacques Ellul d’écrire que la neutralité n’existe pas devant l’appel de Dieu. Soit on obéit, soit on désobéit et l’on fuit, mais l’immobilité devient impossible.

Oui, la neutralité est toujours un choix : c’est choisir le plus fort. Lorsque personne n’agit, ne réagit, ne parle, devant une humiliation, un mensonge, une injustice, il fait le choix de laisser ces fléaux grandir. La neutralité est le choix de laisser le mal agir en se berçant d’une belle illusion, à savoir que sa responsabilité n’est pas engagée. Oui on ne choisit jamais la tiédeur ou le silence parce qu’il est juste mais parce qu’il est confortable. C’est précisément là que se loge le danger spirituel : le souci de nous préserver devient plus important que notre responsabilité envers les autres, en un mot l’amour du prochain.

Alors la lettre ne nous invite pas pour autant à devenir des militants perpétuellement en colère ni à croire que nous pourrions résoudre tous les problèmes du monde comme Mme Greta Thumberg qui vient en France pour insulter la Police comme je l’ai entendue. Elle nous parle de Jésus-Christ qui nous interdit de faire de notre tranquillité le critère ultime de nos décisions. Le Christ n’a pas aimé les êtres humains en distanciel comme on dit aujourd’hui, il ne nous a pas sauvés in abstentia, et il n’a pas été condamné par Contumas. Non, Jésus a parlé, accueilli, guéri, pardonné, il s’est exposé aux railleries, aux insulte et il est mort sur la Croix où il a versé son sang. Alors nous ne sommes pas Christ mais lui appartenir doit impacter forcément notre façon d’être dans le monde.

Alors oui la Parole de Christ est dure, mais c’est parce que l’illusion dans laquelle vit Laodicée est profonde. Elle se croit riche alors qu’elle est pauvre, elle pense se suffire à elle-même alors qu’elle a besoin de recevoir. Mais surtout la parole de jugement n’est pas à comprendre comme une parole de condamnation, cela na rien à voir. La condamnation c’est enfermer l’autre dans sa faute et lui dire qu’il n’y a plus d’avenir pour lui. Le jugement, juger en grec, c’est trancher, distinguer, séparer. Le jugement a à voir avec le discernement, le fait de donner leur valeur aux choses, aux paroles aux attitudes, de les hiérarchiser. C’est mettre de l’ordre dans un chaos moral et éthique. Le jugement ne condamne pas, mais il distingue le bien du mal, et cela peut faire mal. « Moi, je reprends et je corrige tous ceux que j’aime. » dit le Christ, ce qui n’est pas sans rappeler le livre des proverbes. La dureté de son propos est l’expression de son amour, car il veut le bonheur de son Eglise. 

Il veut son bonheur et surtout, qu’elle se convertisse. Et se convertir, ici, c’est aimer Christ plus que notre réputation, c’est s’engager dans la Parole de Christ plus que de se préoccuper de sa propre sécurité. C’est cesser de croire que nous pourrons nous sauver par notre notre propre prudence ou notre bonne réputation. C’est accepter que notre vie repose sur un autre. Ne pas avoir peur d’être intranqulisé par le Christ et redécouvrir ici la liberté de servir, de témoigner et de prendre des risques lorsque la fidélité au Christ l’exigera. Bref, nous ne nous engageons pas pour obtenir la grâce. Nous nous engageons parce que nous l’avons reçue.

Or cette grâce, elle est non seulement en nous, mais toujours à nos côtés, toujours prête à nous visiter dans la nouveauté. Cette grâce toujours surprenante nous est dite clairement ici.  « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. » Quelle surprise ! Après la parole du jugement, nous découvrons que le Christ ne s’est pas éloigné. Il ne ferme pas la porte à Laodicée, au contraire il se tient devant elle et il frappe. Il insiste, il appelle en tout temps et en toute heure, il n’abandonne jamais les siens. 

Alors oui, il est paradoxale qu’une Eglise qui porte le nom de Christ, doit se convertir, doit être visitée. Il est étonnant que le Christ doive frapper à la porte de son Eglise pour être accueilli. Cela signifie qu’une communauté peut continuer à parler de Jésus, à célébrer des cultes et à conserver ses habitudes, tout en ayant perdu quelque chose de sa disponibilité à sa présence. Mais en même temps cela nous rappelle à notre humanité dans la foi. Nous ne sommes pas de purs esprits, désincarnés, célestes. Non nous ne sommes pas des anges mais des être humains avec leur leurs craintes, leurs renoncements. Avec toute cette fragilité qui au final la rend belle et attachante. Ce Christ qui frappe à la porte pour entrer chez lui, est le signe que nous devons toujours nous convertir, car la place que nous lui accordons une fois dans notre vie n’est jamais acquise, il nous faut toujours à nouveau lui accorder la première place.

Mais quand nous lui accordons, alors il entre il partage son repas avec nous. Il nous offre sa présence, son amitié, son intimité. Lui l’invité nous invite et nous remplit en nous rappelant que notre véritable richesse n’est pas celle que nous voulons préserver, mais sa présence. Et sa présence, c’est le don d’une liberté nouvelle qui nous rend disponible aux autres. Et c’est là que notre victoire réside. Dans sa présence, dans son intimité, pouvoir vivre une fidélité qui traverse les épreuves. Il ne s’agit ni de chercher la sécurité ni le conflit à tout prix, mais de vivre dans le monde sans nous laisser gouverner par la peur et accepter d’être exposer quand notre fidélité l’exige. Amen 

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